
Avant-hier soir, j'ai tout éteint chez moi pendant cinq minutes pour que nos enfants ne disent pas : "il savait et il n'a rien fait". Dans la grande ténèbre de mon petit salon, j'ai senti une lumière intérieure qui émanait de l'âtre de mon coeur. A ce moment là, mes atomes neutres ont dû se recombiner entrâinant l'emission d'un fond diffus bienveillant dans l'ensemble de mon être. Dans la minute qui a suivi la fin de la ténèbre salvatrice, j'ai décidé de manger bio et d'économiser à ma petite échelle les ressources de la planète pour que les ours polaires, faute de banquise, ne meurent pas noyés de fatigue et surtout pour que nos enfants, ou plutôt les enfants de nos enfants puissance "n" enfant, puissent tranquillement mourir sous une bombe atomique sierra-léonnaise. Depuis cet évènement, je répands autour de moi la bonne parole : celle du commerce équitable et du développement durable pour que "nos enfants" que je n'aurais jamais puissent admirer leur père. Je crois que nous, depuis que nous ne sommes plus des enfants, sommes des bouches inutiles, des véritables machines à gaspiller, nous méritons de périr par ce que nous avons consommé et engendré en pensant naïvement, du temps où nous étions des enfants, que les produits de nos supermarchés étaient des dons de Dieu offerts en échange de quelques morceaux de ferraille ou de papier. Aussi, j'en appelle à la vengeance des barquettes, à la révolte des boîtes de conserves, à l'insurrection des cannettes, à l'infini pouvoir famélique des sacs en plastique! Mais, nos enfants, oh, nos enfants, ne touchez pas à nos enfants ! Oh, quel monde pour nos enfants, ah, nos enfants, petites bouches couinantes d'innocence que nous couvrons de cadeaux à en faire péter la panse de la couche d'ozone, nos enfants, par pitié, préservez leur un monde bio-bio où ils pourront faire cui-cui une main sur leur sexe et l'autre sur la souris. Dans leur nids douillets, ils remueront leurs splendides corps gras, commanderont leurs clones sur le Réseau, riront avec nos génétiques éclats, programmeront leurs enfants sur de jolis écrans, ah, leurs enfants, les enfants de nos enfants!
Non seulement, nous sommes sur Terre pour nos enfants mais ils constituent l'unique raison que nous ayons de vouloir sauver la planète hématome. Nous sommes généreux, nous pensons à eux, ils ne représentent pas l'avenir de l'humanité, non, ils sont bien plus que ça, ils sont "nos enfants", les chairs de nos chairs sont évidemment ce que nous avons de plus cher, ça sonne sous le sens! Ils sont beaucoup plus concrets que de vagues concepts, ils des miroirs, des reflets, des créations de nos corps, se sacrifier pour eux est la plus belle chose qui nous ait été donné. Les gens bien sont les amis des enfants, les autres sont des méchants à éradiquer, empaler, émasculer, enucléer, écarteler. Il faudrait leur introduire des rats dans le rectum. Pas de pitié pour les ennemis de nos enfants! Ah, "enfant" ce mot magique qui nous rend si bon, au pluriel c'est encore mieux, "nos enfants"! Nous sommes ici pour eux et nous devrons leur enseigner à adorer de nouvelles divinités, celles qu'ils sont nés pour engendrer : leurs enfants. Ceux qui n'en ont pas sont des égoïstes ou des pauvres malheureux que nous devons plaindre, ces gens sont si misérables qu'ils ne peuvent pas utiliser l'expression splendide "pour nos enfants" avec ce singulier sourire béat pendu au coin de la bouche, là entre les deux lèvres où sous un petit reliquat de bave transpire notre générosité. Ceux qui ne connaissent pas nos enfants ne peuvent pas savoir ce qu'est la vraie vie. Ils n'ont rien à transmettre à part une absence d'enfant, pauvres humains plus inutiles encore que les autres poussières de chair que nous sommes! Que peuvent-ils bien faire alors de leur existence? Quel égoïste but doivent-ils donner à leur vie stérile, leur triste vie de sans-enfant ?
L'argent, le pouvoir mais à quoi bon? A qui le transmettront-ils? Non, il leur reste à haïr nos enfants qui, à leur tour, iront chérir leur mémoire en allant vomir, déféquer, uriner, cracher, roter, flatuler ou mieux copuler sur leurs tombes. Ah nos enfants sauront rendre la justice, rien n'échappera à leurs téléphones caméras! Prônons pour eux un monde meilleur et abattons les vieillards, les improductifs, les célibataires réels, les crapoteux encapotés, les antireproducteurs blasés qui ne feront que compliquer la vie de nos enfants, tous ces gaspilleurs infertiles, ces vicieux parasites sans-enfant propagateurs de virus aux retraites et maladies dévoreuses des futures charges salariales de nos enfants. Méfiance! Parfois, ces immondes individus infantilisent leur comportement et leur langage afin de nous attendrir mais ne nous y trompons pas, sous l'alibi t-shirt Dora coulent en rides graisseuses leur frustration de ne plus être les rois du monde. Ils ne sont plus "nos enfants" de personne, ils ne sont que des simulacres, des ersatz et usent de chirurgie esthétique pour parfaire leur grossière imitation. Ils n'aiment pas nos enfants. Ils sont comme de perfides serpents ou comme des oiseaux de malheurs qui guettent nos progénitures de leur horrible figure au long bec de ptérodactyle pédophile, qui les épient de leurs regards jaloux et qui les désirent de leurs sexes préhensiles de prédateurs de pureté.
Ah, nos enfants! Comme nos soleils se couchent, leurs aurores se lèvent et de leurs purs doigts roses, ils se frottent les yeux. Nos enfants sont délicieux!
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